dans l’espoir d’être adoptés, ces enfants abandonnés se préparent à parader comme dans un défilé de mode

Certains se plaignent que les mécanismes d’adoption d’enfants soient parfois fastidieux, trop complexes, et que l’on rende la vie dure aux familles qui désirent adopter. Mais aux États-Unis, il semble qu’il existe un problème inverse : en effet, pour pousser les familles à adopter les enfants placés dans les orphelinats ou les centres d’accueil, on se bat pour rendre les procédures d’adoption les plus faciles et les plus attractives possible… Quitte à flirter parfois avec les limites de la décence, notamment en mettant en place des politiques très marketing du style « satisfait ou remboursé » lorsque les enfants ne font pas l’affaire.

Un reportage édifiant diffusé ce dimanche 21 janvier dans l’émission « Sept à huit » de la chaîne LCI raconte l’histoire de ces enfants « jetables » , de « seconde main », que l’on peut adopter en un tour de main « comme à la foire » et que l’on peut ensuite abandonner à nouveau quelques mois plus tard, sans avoir à se justifier, si on ne les trouve pas à son goût.

On peut imaginer ce que doivent ressentir ces enfants, que l’on pousse à défiler sur une estrade, à parader au rythme d’une musique cadencée. L’appréhension de ne pas être choisi, de ne pas convenir, de ne pas être « assez bien ». Ils doivent tout faire pour tenter d’attirer l’attention, la sympathie et l’amour de ceux qui sont venus dans le but d’adopter. Alors, ils se mettent sur leur 31 : les jeunes filles se maquillent, sortent leurs plus belles robes, tous font très attention à leur look.

Ils sont adolescents, pré-adolescents… Et pourtant, au cours de leur jeune vie, certains ont déjà été abandonnés plusieurs fois : une première fois par leurs parents biologiques, et puis, deuxième traumatisme, par la famille qui était supposée les adopter, celle-là même qui devait leur offrir une vie nouvelle.

Il faut dire qu’aux États-Unis, se séparer d’un enfant adopté n’est qu’une simple formalité : il suffit de passer devant le notaire, signer un papier, et on peut remettre l’enfant à l’adoption, comme on rapporte une paire de chaussures trop petites au magasin pour la troquer contre la pointure au-dessus.

Les dérives de l’adoption « trop facile »

Pour ces enfants « rendus » pour diverses raisons, il est parfois difficile de retrouver ensuite un nouveau foyer. Alors, l’événement « Meet the kids », organisé par une agence d’adoption chrétienne, a décidé de jouer le tout pour le tout.

« Et voici Chanel : elle adore parler de sujets profonds, comme l’économie et parfois même la politique ». « Dominique, lui, adorerait cuisiner pour sa nouvelle famille » . Au cours du défilé, les organisateurs vantent les qualités de chaque enfant, comme des maquignons vanteraient les atouts de leurs chevaux. Une fois que chacun aura fait son tour de piste, une séance de « speed dating » commence. Les parents intéressés peuvent discuter quelques minutes avec chaque enfant. Si l’un d’entre eux leur a tapé dans l’œil, alors ils n’ont plus qu’à lancer la procédure d’adoption !

Pour les agences d’adoption, cette stratégie très « marketing » qui prend des allures de foires humaines est parfaitement justifiable, et pour cause, justifie une organisatrice auprès de LCI : les centres d’adoption doivent faire « tout ce qui est en [leur] pouvoir pour aider ces enfants ». Cela implique donc de mettre en place toutes sortes de procédés pour rendre à nouveau attractifs ces enfants de « seconde main ». Tout comme pour une voiture d’occasion, ils voient même leur prix diminuer : ainsi, les agences font payer moins de frais d’adoption aux parents qui se contenteraient d’un enfant déjà refusé ailleurs.

Aux États-Unis, il suffit de 3 jours de formation aux parents pour adopter, sous peu que leur casier judiciaire soit vierge. Une politique ultralibérale, qui comporte une part évidente de cynisme. Du côté des enfants, le bilan est lourd : au pays de l’Oncle Sam, une adoption sur 4 en moyenne est annulée — ce qui équivaut chaque année à près de 25 000 enfants qui sont renvoyés chez les services sociaux ou directement dans une autre famille.

Source : LCI.fr